Colonia Claudia Ara Agrippinensium
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Colonia Claudia Ara Agrippinensium est la fameuse cité Romaine implantée face, et comme par défi, à la Germanie sur la rive Est du Rhin.
Avant de devenir une « Colonie » officielle Romaine, la cité portait le nom de Ara Ubiorum (l’Autel Ubiens) ou « Oppidum Ubiorum », fondée par le peuple Germains des Ubiens sous Foedus avec l’Empire Romain (voir article Ara Ubiorum). Mais c’est en l’An 50 CE qu’elle prend le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium par la décision d’Agrippine la Jeune qui y était née.

On désignait cette cité par l’abréviation CCAA, sigle qui existe toujours sur un pan de mur dans l’actuelle Cologne en Allemagne, le nom actuel de cette si ancienne ville.

Pour ce qui nous concerne en l’An 50 CE, les Ubiens rejetés et pourchassés par les autres Germains leur reprochant leurs alliances férues avec Rome s’y sentent en sécurité et adoptent les coutumes et divinités Romaines. Ainsi leur ancienne cité à la gloire de l’autel de César, Auguste et Agrippa, puis Agrippine, devient une sorte de « vitrine » de l’art culturel, architecturale et spirituel de Rome à la fois pour la Gaule sur son flanc Ouest et pour la Germanie sur son flanc Est.
Mais la cité est avant toute chose la démonstration de la « civilisation » apportée aux « Barbares », également un port fluviale très important et plus tacitement une place forte et militaire pour préserver l’Empire alors en péril face aux Germains !

Quand Agrippine s’installe dans la cité, celle-ci aurait compté 30 000 habitants et on y trouvait des murs de fortifications en pierre, des bâtiments grandioses, des temples, des autels, des commerces, un port sans pareil et plusieurs légions. D’ailleurs elle est le lieu de gouvernance et d’administration des Limes, des regroupements d’armées en vue des conquêtes en Germanie ou de celles pour maintenir l’ordre en Gaule.
La cité n’aura de cesse de s’agrandir et de se développer, en l’An 70 CE un second mur d’enceinte de huit mètres de haut, trois de large et de près de 4 km de pourtour venant même la fortifier pour la rendre imprenable !
La cité Romaine perdura ainsi durant plusieurs siècles, parfois repris par les Bataves ou les Francs au 3ème siècle mais elle fut pour l’essentielle toujours aux mains des Romains jusqu’au Vème siècle et l’effondrement de l’Empire Romain. Mais déjà au IVème siècle et peut-être même avant l’édification de lieux de cultes Chrétiens avait bouleversé la vie de la ville qui n’eut bientôt plus rien de Germains puis son influence Romaine déclina peu après…

Pour conclure la splendeur de cette cité sans égale aux premiers siècles dans cette partie du monde permit à l’Empire Romain de contenir les assauts des Germains bien que les nombreuses tentatives à partir de la ville pour conquérir la Germanie se révèrent vaines. Pour ce qui concerne les Germains, même s’ils commerçaient avec la cité, grande plateforme commerciale à l’époque, l’ancienne Ara Ubiorum ne leur inspirait que colère. Elle était le symbole de l’Empire Romain désirant les conquérir et était habité par ceux qu’ils considéraient comme des traîtres à leur cause, les Ubiens.
Si on y ajoute à cela que la ville fut le poste avancée des premières édifications Chrétiennes et plus tard qu’elle abrita Aetius puis que Clovis s’en fit remettre les clés, on ne peut qu’en faire un symbole malfaisant pour la liberté des Germains…

Au-delà de l’Histoire des hommes, Colonia Claudia Ara Agrippinensium dut être un lieu incroyable aux premiers siècles et il est plaisant d’en imaginer les manœuvres, les intrigues, le décorum, l’aura, l’architecture et toute la vie qui s’y cristallisait…


Extrait d'une nouvelle de Val des Hurles-Vents à propos de cette cité et de la Germanie y faisant face :

Ara Ubiorum.
Le Consul se surpris à évoquer ce vieux terme pour désigner son antique cité. Un instant il eut une bouffée de chaleur et ressentit une honte, vieux réflexe conditionné chez sa lignée, comme si un intrus avait pu deviner sa pensée ! Mais non, il était seul, si ce n’était les deux gardes flanqués l’un et l’autre de chaque côté du seuil d’entrée.
Pourtant il avait de quoi être fier.
De la plus lointaine descendance des nobles familles Ubiennes, il avait toujours suivi le Codex de Rome en vigueur en cette cité. Il avait loué la haute intelligence de la civilisation Romaine comme tout les siens avant lui. D’ailleurs, Rome ne lui avait-elle pas ainsi permis d’accéder aux plus hautes responsabilités jusqu’à devenir Consul de l’antique cité des Ubiens !
Colonia Claudia Ara Agrippinensium .
Cette fois il retrouva le nom de son royaume à l’architecture inspirée de la grande Rome même !
Alors, avec un pas lent, les mains dans le dos tel un Empereur, il s’approcha d’une petite lucarne aux verres battus par la pluie du dehors, admirant sa cité.

Du haut de sa tour carrée, il surplombait toute la ville.
Il fixa l’entrée de la ville, ouvert sur la Gaule, puis s’amusa à poursuivre du regard toute la muraille d’enceinte protégeant son peuple. Des braseros dont les flammes luttaient contre les vents humides l’illuminaient tel un serpent de feu ! Moins irradiants mais des plus agréables étaient, vu d’ici, toutes les lanternes, véritable colonie de lucioles, auréolant les ruelles depuis les maisons d’habitations. Ensuite il s’amusa à discerner les baraquements des légions, les temples à la gloire de Mercure et Jupiter, les nombreuses échoppes des marchands, les tavernes et il se retint de rire quand il discerna quelques lieux de plaisirs bien connus… Mais quand une nouvelle fois il loua Rome en se gargarisant qu’elle ait fait paver les rues de sa cité, suivant des yeux la plus large d’entre-elle, il perdit d’un coup de sa superbe.
Si cette avenue état la plus large c’est qu’elle menait au Rhin bordant la cité. Certes il aurait pu orgueilleusement se satisfaire du véritable port fluvial, le plus somptueux de cette partie du monde, qu’était devenu l’antique village Ubiens… Mais une force le dissuada d’aller jeter un œil de l’autre côté de la salle du trône où une lucarne en dévoilait l’horizon au-delà. Un horizon désert de toute vie autre qu’une lande, large et aux herbes hautes, sans trop de collines pour en boucher la vue. Du moins jusqu’à ce qu’on y devine en plissant les yeux l’orée d’une forêt si étendue qu’on aurait pu croire à un océan vert dont les embruns feuillus en cachaient la profondeur.

Nouvelle intégrale sur le site Sagas


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