L'Epée de César

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Oppidum Ubiorum…
Un nouveau jour se leva sur la cité déjà grouillante bordant la rive Ouest du majestueux Rhin. Depuis l’aube les brumes du fleuve glissaient dans les rues encore écrasées de chaleur malgré l’arrivée de l’automne, y apportant une fraîcheur agréable.
Les premières barques et chaloupes chargés de nasses gorgées de poissons et qui feraient le bonheur des citadins accostaient dans le petit port fluvial qui s’agrandissait presque chaque jour davantage. Aux portes de la ville, venus depuis toute la Gaule, des hommes du pays poussaient leurs bœufs tirant eux des chariots de céréales et de denrées diverses. Partout des chantiers prometteurs se mettaient en branles, les tailleurs de pierres réveillant les derniers endormis par leurs coups de masses et de ciseaux à pierre.
A leur tour les terrassiers s’activaient depuis les douves monumentales dont le délinéament présageait de la géométrie à venir des fortifications de la cité.
Oui, Ara Ubiorum allait bien changer depuis sa fondation par le héros de ses habitants, le Général Agrippa. Ceux-là, par hommage à la protection qu’il leur avait fourni, aimaient même à se faire nommer les Agrippenses. L’Ara, l’Autel de la cité, y louait sa mémoire.

- Agrippenses… Il murmura ce nom avec un haussement d’épaules.
Les gens d’ici vivaient dans un mensonge et ils reniaient leur ancien nom chez les Frères. La Cité ou l’Autel, quel que soit la désignation de ce post-avancé n’était que celui des soumis à Rome, les Ubiens ! Il remercia soudain les cieux de n’avoir pas parlé à voix haute.
Une troupe de Légionnaires Romains venait de déboucher d’une ruelle à sa hauteur…
S’adossant au mur de l’échoppe d’un commerçant, il fit mine de s’intéresser à quelques pièces d’orfèvreries.
Par instinct, il glissa discrètement son autre main sur le pommeau d’une de ses dagues. Son ceinturon en accueillait plusieurs mais aucun garde à son arrivée ne les avait remarquées.
Ses doigts blanchirent et ses yeux brillèrent malignement au passage des hommes dans son dos. Des Germains venaient dans cette cité du négoce, mais au contraire d’eux lui n’avaient ni fourrures, ni bois à vendre, pas même quelques larmes d’Ambres.
Il avait d’autres intentions… dangereuses pour sa vie et celle de ceux qui les devineraient !
Les hommes en armes ne lui prêtèrent pas attention au contraire du marchand Ubiens.
- Ce sont des médailles frappées du noble Agrippa et de son Empereur, le Grand César.
- César…
Ce marchand avait-il lu en lui ?
Un rictus discret se dessina sur ses lèvres. Non, cet homme en voulait à sa bourse, pas à ses pensées secrètes. Il dégagea sa main du pommeau de la dague.

*


Karev s’était éloigné de l’agitation de la cité et de la suspicion de ses gardes.
Là au bord du légendaire Rhin, il mira un instant ses eaux mythiques. Il s’amusa avec les reflets du soleil en les créant depuis le médaillon qu’il avait acquis auprès du marchand. Puis son regard se durcit, ses yeux se portant au-delà du cours d’eau.
L’Est était face à lui.
Il provenait de l’Est, du grand Est. Les gens comme lui étaient très rare dans cette partie du monde.
Son peuple n’avait jamais eu de terres.
Toujours persécutés, bannis très souvent, rejetés parfois par leurs propres Frères, la Fortune n’était pas de leur camp. Alors ils avaient décidé de prendre ceux qu’on leur refusait ! Beaucoup comme lui erraient depuis avec une férocité instinctive, presque animale… Survivre faisait parfois de vous un tueur pour ne pas être tué.
La lutte pour un territoire ou par un royaume ne permettait pas la faiblesse.
Depuis chacun des Frères de son Clan gardait dans le cœur l’espérance d’en trouver un et dans l’âme la mélancolie de traverser l’Histoire sans pouvoir nourrir la terre de ses cendres… Leur réputation venait de là.
Au moins vivaient-ils Libre.

Il sortit de sa manche un second médaillon…
Celui-ci il ne l’avait pas troqué mais disons « emprunté » ! Il s’en amusa.
Puis il rit discrètement au bon tour qu’il s’apprêtait à faire. César était face à lui sur cette petite pièce métallique.
Non loin de la petite butte où il avait pris place, surplombant le Rhin, demeurait les vestiges des piliers d’un pont. C’est César qui l’avait fait construit pour étendre ses conquêtes à l’Est du fleuve et de la Gaule.
Il changea d’avis, l’Océan vert qu’était la Forêt Hercynienne le décourageant peut-être, à moins que les terres marécageuses et brumeuses de la Germanie ne lui donnent là que peu de Triomphes. Il y trouva toutefois un peuple pour le servir. Foedus fut passé avec ces alliés si demandeur de sa protection.
Il leur assura le Droit sur cette partie du monde et mission d’en protéger le limes naturel formé par le grand fleuve qu’était le Rhin. Ces si fiers Fédérés, s’ils avaient la bénédiction du plus grand conquérant de l’Histoire, n’en eurent ni le soutien armé ni même quelques renforts ! Repoussés par leurs voisins Germains, ils furent vite acculés sur la portion congrue de leur territoire.
Pire encore, les Chattes, leurs plus cruels ennemis, les en chassèrent !

Agrippa les sauva.
Ce Général avait besoin d’une place forte pour permettre aux Légions Romaines de se reposer mais aussi d’un lieu où concentrer le négoce et les voies de communications de cette partie du monde conquis depuis peu. C’est un petit oppidum dans le royaume de la rive Ouest des pourchassés qui trouva sa grâce.
Ceux-là s’y réfugièrent en se soumettant d’autant plus.
Ara Ubiorum fut fondé et avec l’éternel loyauté de son peuple, les Ubiens.
L’Autel en la Gloire du héros Agrippa fit même de cette cité, un lieu spirituel. Et chaque temple a sa relique sacrée pour enflammer la ferveur de ses fidèles…

Karev le Vandales se fendit de son habituel rictus malingre tout en s’adressant au médaillon et à César lui-même !
- Il aura suffit d’une de tes épées pour faire des Ubiens tes sujets ! Une fois dans ma main et quand j’en serrerais la garde, faute d’un Empire, peut-être m’offrira t-elle au moins un Royaume…


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