Ubiens

Les Ubiens parmi Les Trente :

Quand les Clans de « La Ligue des Trente » partirent du « Mont aux Loups », là où ils s’étaient tous réunis autour de la Cimmérienne, chacun embrassait la Liberté et son Destin. Les Ubiens comme les autres purent choisir leur destinée… Par pragmatisme, peur, stratégie ou faiblesse, ils s’inclinèrent devant César préférant Rome à la Germanie.
Ils y perdirent leur territoire et furent bannis (ultime déshonneur chez les Germains) comme les premiers Traîtres de cette Ligue ! Toutefois les Ubiens bâtirent l’une des plus glorieuses cités sur les rives du Rhin, fondamentale pour la protection des Limes Rhénanes.
Ils choisirent ainsi un camp et l’une des deux rives du fleuve… mais ils tournèrent à jamais le dos à leurs Frères !


La désignation de « Traîtres » vaut évidemment du point de vue des Germains les plus radicaux…


Les Ubiens

(Les Traîtres du Foedus Germains)


Les Ubiens (ou Agrippenses et Ubii) sont l’un des peuples Germains les plus controversés parmi l’Histoire de ces mêmes Germains.
La tribu des Ubiens venu du Nord comme tant d’autres se distinguera très vite de leurs semblables.
César leur prête une civilité bien plus importante que les autres peuples Germains et indiquent qu’ils ont des ressources florissantes que ce soient autant en population qu’en biens.
A l'époque où ils furent mentionnés par la première fois ils résidaient du côté Est du Rhin, sans doute entre le Main et le Westerwald (Allemagne actuelle). Leur pays, s’il était étroit, s’étendait jusqu’aux Sicambres au Nord, aux Suèves à l’Est, aux Helvètes au Sud et pour le reste aux confins des territoires des Chattes et des Marcomans.

Chroniques Ubiennes

-55 : Alliance (Foedus) avec Jules César.
-52 : Les Ubiens servent pour la première fois comme alliés des légions Romaines et aident à conquérir la Gaule.
-38/-39 : Passage sur la rive Ouest du Rhin sous le protectorat d’Agrippa.
-40 : Fondation de la place forte Ara Ubiorum (Autel des Ubiens).
50 : Les ubiens se joignent au général Romain Lucius Pomponius pour affronter les Chattes.
50 : Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Cologne) voit le jour et deviendra la capitale des Ubiens (précédemment Ara Ubiorum ) sous le titre de colonie Romaine.
70 : Sont d’un grand secours aux Romains pour réprimer la révolte du Batave Civilis.
Fin 1er siècle au IV° Siècle : Histoire contemporaine aux Romains de la région.
V° Siècle : Prise de la capitale Ubienne par les Francs qui chassent les Ubiens ou les soumettent.

Comme on l’a vu on sait par le témoignage de César que les Ubiens cultivaient de vastes terres incultes mais surtout qu’ils vivaient de pêche et de négoce le long du Rhin avec la Gaule notamment. Mais leur tranquillité n’allait pas durer et c’est avec Rome que leur Destin allait changer…

Les Fédérés de Rome


Avant l'arrivée des Romains, on connait peu l’histoire des Ubiens, si ce n’est quelques batailles remportées, grâce à l’importance de leur population, sur les Suèves qui ne cessaient de les repousser vers le Rhin et au-delà.
L’Histoire Ubienne débute dans les chroniques et les annales par leur rencontre avec Jules César, relatée dans la « Guerre des Gaules ». Dès l'arrivée des Romains, les Ubiens leur demandèrent assistance contre les Suèves qui les acculaient toujours plus contre les rives du Rhin et leur faisait payer toujours plus chèrement les tributs pour la paix. A cet effet ils mirent leurs navires à disposition et aidèrent à la construction d’un pont enjambant le Rhin pour laisser passer les troupes romaines.
Les Ubiens apportèrent un soutien de poids à César durant la guerre des Gaules, notamment lors de ses incursions en Germanie :
Ainsi on apprend dans les Annales que César après quelques expéditions punitives en Germanie avait fait édifier un pont sur le Rhin pour préparer une plus large offensive. Dans ses objectifs il avait promis une aide aux Ubiens. Et ces derniers, informés par leurs éclaireurs et espions (car ils excellaient dans ces domaines), eurent vent d’une contre-attaque préparée par de nombreux clans Germains s’apprêtant à infliger aux Légions Romaines. Par prudence ou par stratégie, César écouta les Ubiens (ce qui rend compte de leur confiance mutuelle) et fit détruire le pont sans aller plus avant en Germanie préférant poursuivre en Gaule mais en s’assurant de la bonne garde de cette nouvelle frontière par les Ubiens.
Mais pourquoi le plus grand Empereur Romain remit entre les mains des Ubiens la sécurité le flanc Est du Rhin ?! Par prudence ou stratégie comme on l’a vu ?
Alors pourquoi et comment ?

Le Pacte de César


Il y a donc plusieurs raisons à la confiance donnée par César aux Ubiens.
Ainsi est rapporté dans les Annales de la « Guerre des Gaules » :

« Les Ubiens demandent avec prière "qu'on les épargne, et que, dans la haine générale contre les Germains, on ne fasse point supporter aux innocents les châtiments dus aux coupables ; si César exige de nouveaux otages, ils offrent de les donner." César s'informa du fait, et apprit que les secours avaient été envoyés par les Suèves; il reçut les satisfactions des Ubiens, et s'enquit des chemins et des passages qui conduisaient chez les Suèves ».

Tacite lui-même dans son Germania atteste dès lors de la loyauté Ubienne à Rome :

« Ils passèrent anciennement le Rhin, et, sur la preuve acquise de leur fidélité, ils furent placés au bord même du fleuve, comme défenseurs et non comme prisonniers. »

Mais César ne passa que très peu de temps en ce qui deviendrait la Germanie. Suffisamment Toutefois pour intimider les premiers Germains des lieux et pour préserver la nation Ubienne, qui le lui rendit par une loyauté indéfectible.
Cependant le Foedus passé ne les protégea pas très longtemps de la colère des autres Germains à leur encontre une fois César partit. Ainsi l’atteste l’Encyclopédie de Diderot :

« Les Ubiens vivoient dans une perpétuelle inimitié avec les Cattes, dont ils devinrent même tributaires; ce qui fit que les Ubiens furent les premiers des peuples au - delà du Rhein qui rechercherent l'alliance & la protection des Romains. Mais ils ne trouverent pas dans cette alliance & dans cette protection tout le secours dont ils avoient besoin pour se défendre contre des peuples à qui cette démarche les rendit odieux ; & ils couroient risque d'être entierement exterminés, si le consul M. Vipsanius Agrippa ne les eût transférés sur la rive gauche du Rhein, où ils prirent le nom du fondateur de leur colonie, qui leur bâtit une ville qui fut appellée colonia Agrippina, & Tacite donne le nom d'Agrippinenses à toute la nation. »

Rome ne fut donc pas ingrate et même particulièrement généreuse avec les Ubiens.
Le pacte passé par César fut respecté et on dit même qu’il leur offrit sa propre épée en reconnaissance ! Et celle-ci allait devenir une relique plantée sur les terres leur étant désormais confiées… de l’autre côté du Rhin en face de leur territoire perdue et sacrifiée. Mais une relique au sein d’une cité, bastion symbolique séparant la Gaule Romaine de la Germanie.
Aussi en l’An 39 ou 38 BCE traversèrent-ils le Rhin, sous la protection d'Agrippa, qui fonda la ville d’Ara Ubiorum. A partir de cette date, les Ubiens eurent pour tâche principale de protéger la cité et de sécuriser les limes Rhénanes, ce que nous apprend Tacite :

« Mais leur rôle ne se limita pas à servir de garde-frontière : leur territoire servit de base aux expéditions romaines en Germanie, et ils fournirent espions, éclaireurs et infanteries aux légions romaines. »

Ara Ubiorum


Une fois chassés de Germanie par leurs ennemis Germains, les Ubiens se réfugièrent donc sur la rive Ouest du Rhin, en Gaule. Sous Agrippa ils y fonderont peu à peu leur royaume où les fortins Romains constitueront une place forte du nom d’Ara Ubiorum.
Cet « Autel Ubiens » aurait renfermé, outre le bastion Ubien, l’épée de Jules César !
Quoi qu’il en soit en l’An 50 l’Impératrice Agrippine, qui y vit le jour, la renommera Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Actuel Cologne en Allemagne) et lui offrira le statut de Colonie Romaine avec l’assentiment des Ubiens.
La capitale aurait comporté une muraille, des temples Romains, un grand nombre de tours et de portes sur plusieurs kilomètres carrés. Ce lieu devait donner l’image d’une Rome civilisé et forte à toute la Gaule et menacer ainsi toute velléité Germanique. D’ailleurs la cité prendra au fil du temps de plus en plus d’importance avec une flotte et deux légions Romaines attribuées…

Les Serments sont brisés

« Qu'on les épargne, et que, dans la haine générale contre les Germains, on ne fasse point supporter aux innocents les châtiments dus aux coupables ; si César exige de nouveaux otages, ils offrent de les donner. »

Cette remarque rapportée comme on l’a vu à propos des Ubiens symbolise sans aucun doute la haine des autres Germains à leur encontre.
Si leur alliance avec Rome les sauva de l'anéantissement par les Suèves, celle-ci les désigna comme ennemis pour beaucoup de clans germains, notamment les Chattes, ennemis héréditaires des Ubiens. Les Chattes se revendiquant comme « Gardiens de la Germanie » purent sans conteste faire des Ubiens le symbole de la traîtrise à leur cause et renforcer leur hégémonie sur celle-ci. Le Traître d’un côté, l’Empire occupant de l’autre et eux comme sauveurs…
Pourtant d’autres faits finiront par totalement briser les Serments tacites passés entre tout Frères Germains.

Ainsi, en 50 CE, les Ubiens demandèrent l’aide d’un Général du nom de Lucius Pomponius contre les Chattes. On sait également que les Ubiens furent d’un grand renfort lors de l’épisode du soulèvement Batave en l'an 70.
En outre ceux-ci adoptèrent rapidement les us et coutumes des habitants de la Gaule et surtout des Romains préférant une vie citadine et prier Mercure que d’anciennes divinités menaçantes. Cette perte d’identité ne fit que s’accentuer avec le temps, que ce soit au niveau culturel ou religieux. Leur Histoire sera ensuite celle des Romains, leurs origines se délitant jusqu’à se faire appeler les Agrippenses en hommage à Agrippine.
Les Francs finiront par prendre la cité au cours du Vème Siècle CE et on ne sait guère ce que devinrent les Ubiens. Peut-être suivirent-ils les retraits des troupes romaines, à moins qu'ils ne se soient soumis ou mélangés aux nouveaux venus … mais rien n’est moins sûr.

Enfin un épisode particulièrement parlant éclaire sur la main tendue par les Tenctères aux Ubiens pour les laver de leur méprise et de leur traîtrise… offre qu'ils rejetteront !

"Les Tenctères, nation séparée de la colonie par le Rhin, envoyèrent des députés au conseil public des Agrippiniens (autre nom des Ubiens), avec des instructions que le plus violent d'entre eux exposa de cette manière : "Puisque vous êtes revenus à la patrie germanique et au nom de vos pères, nous en rendons grâces à nos dieux communs et au dieu Mars avant tous les autres, et nous vous félicitons de ce qu'enfin vous serez libres au milieu d'hommes libres. Jusqu'à ce jour, les Romains nous fermaient les fleuves, la terre, je dirai presque le ciel même, afin d'empêcher nos communications et nos entretiens ; ou (ce qui est un outrage plus sensible à des hommes nés pour les armes) ce n'était que désarmés, presque nus, sous l’œil d'un surveillant et à prix d'or, qu'il nous était permis de nous réunir. Mais, pour que notre amitié et notre alliance soient durables à jamais, nous exigeons que vous abattiez ces murailles, boulevard de la servitude ; l'animal même le plus féroce, longtemps enfermé, oublie son courage. Massacrez tout ce qu'il y a de Romains sur votre territoire : la liberté et des maîtres ne s'allient pas facilement ensemble. Eux tués, que leurs biens soient mis en commun, afin que personne n'en puisse recéler aucune partie, ni séparer sa cause de la cause publique. Qu'il soit permis et à nous et à vous d'habiter, comme faisait nos ancêtres, sur l'une ou l’autre rive : si la nature a donné la lumière et le jour à tous les hommes, elle a ouvert aux braves toutes les terres. Reprenez les usages et les mœurs de vos aïeux ; rompez avec ces plaisirs qui secondent plus puissamment que les armes la domination romaine. Alors, peuple épuré et régénéré, oubliant les jours de l'esclavage, vous n'aurez autour de vous que des égaux, peut-être des sujets."

Les Traîtres originels ?


Que restent-ils depuis lors comme mémoire Ubienne ?
Faut-il en faire le symbole du traître ? Aux yeux des Germains cela ne fait aucun doute. Mais leur conflit avec les Chattes et les Suèves ne les poussèrent-ils pas à préférer la protection de Rome ?
Avant d’être alliés à Rome, ils constituaient pourtant un peuple Germain comme un autre et on ne peut le caricaturer à l’extrême. Les gens Ubiens étaient-ils en accord avec leurs chefs et seigneurs ? Marchands, avaient-ils les ressources pour se montrer aussi forts dans l’art de la guerre que leurs Frères ? Et enfin leur position entre les peuples Celtes, l’occupant Romain et les autres Germains n’affaiblirent-ils pas leur conception des choses ne leur offrant que peur d’alternatives ?
Autant de questions dont liberté est permise à chacun de répondre.
(Une chose "amusante" cependant : Clovis, lui-aussi un traître à la cause des Germains participant à leur disparition eut pour première épouse une princesse de… Cologne, l'antique "Ara Ubiorum" !)

Quoi qu’il en soit la « tâche originelle » de leur traîtrise du point de vue des Germains n’aura plus lors de cesse d’être…


Les Trente
Peuples

Source citations :
Guerre des Gaules : Livre IV - Chapitre 19 et Livre VI - Chapitre 9
Germania de Tacite
L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot

Unless otherwise stated, the content of this page is licensed under Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License